LOFOFORA + DRONTE

Saturday 08 December 2018 20:00 - 23:30

Lofofora

Lofofora

Depuis qu’il s’était mis à composer à la gratte sèche certains morceaux de « L’épreuve du contraire » (2004), Phil, le bassiste, défendait avec force auprès des trois autres un constat à l’évidence imparable : si une chanson est bonne, elle peut être interprétée de manières différentes et donc en acoustique. Une idée simple, un peu folle sur le papier, que l’on ne prend pas forcément au sérieux, du moins au début. Mais voilà, avec Lofofora, il faut s’attendre à tout. Alors imaginez la réaction des fans du quatuor lorsque la nouvelle fut rendue public : le gardien du temple metal hardcore dans
l’Hexagone depuis son premier effort éponyme en 1995, avec au compteur pas moins de huit albums, tous aussi énervés les uns que les autres, qui se la joue MTV Unplugged. Bon sang, mais c’est quoi ce délire ? Les gars, vous êtes sérieux ? Oui, et pas qu’un peu.
Étiqueté groupe de metal, avec quelques incursions régulières dans le punk rock ou le hardcore, Lofofora n’a jamais caché son attrait pour la chanson en tant que style, assurément parce que Reuno, son chanteur, est un conteur d’histoires. Alors le choix de l’acoustique, pourquoi pas, mais pas n’importe comment. « Tous les mecs qui se prennent pour Léo Ferré ou Jean Ferrat, tous ces dépressifs de comptoir, ont tendance à me gonfler », avoue l’intéressé. « Mes maîtres sont définitivement Serge Gainsbourg, Alain Bashung, Nino Ferrer ou encore Jacques Dutronc. Pourquoi, quand un groupe fait de la chanson, c’est toujours grandiloquent et ringard ? » La question est posée. Et la réponse se trouve dans « Simple appareil », même si certains titres plus anciens (Liquide de mon corps, L’Éclipse) peuvent être aujourd’hui considérés comme les prémices du présent disque. Le challenge était de taille pour les quatre musiciens. Reuno en est conscient. « Chanter de telle manière, je ne l’ai pas souvent fait. Les gens qui ne connaissent pas nos albums en profondeur ou qui viennent uniquement en concert, risquent d’être surpris. Nous ne nous sommes pas posé la question de savoir si nous pouvions perdre notre identité dans cette histoire. Lofo reste Lofo, même en acoustique. »
Et même avec un nouveau batteur pour l’occasion. « Vincent est parti faire un demi tour du monde en vélo », explique Phil. « Du coup, on a demandé à Kevin Foley (Behnighted, Abbath, Sepultura, One Life All In), plutôt habitué à faire du death metal, de remplacer notre cycliste hippie. Il a un groove incroyable. »
Avec « Simple appareil » le bien nommé, Lofofora est sorti de sa zone de confort. Il aurait été sans doute plus facile de se lancer dans la réinterprétation d’anciens morceaux, de ficeler vite fait bien fait un best-of unplugged de certains de leurs hymnes
(L’OEuf, Les Gens, Dur comme fer, Le fond et la forme, Tous les mêmes…). Non, les gars ont préféré jouer les artisans pour travailler leur metal brut avec des outils en bois, aidés dans cette aventure plus artisanale qu’à l’accoutumée par le fidèle Serge
Moratel, déjà derrière la console pour les trois précédents albums. La fine équipe est allée s’enfermer durant une dizaine de jours à Midilive, les anciens studios de la maison de disques Vogue, du côté de Villetaneuse. Un endroit chargé en souvenirs (de Carlos à Led Zeppelin, en passant par Annie Cordy ou Aretha Franklin), mais également en matériel vintage. Le résultat final est à la hauteur de la réputation du lieu et des espérances de chacun : chaud et dynamique. Percussif, comme une bonne claque dans
la figure. Réseaux sociaux, ambitions perdues et autres rêves abandonnés, religions, la vie engénéral, celle de musicien ou pas, les thèmes abordés dans cette nouvelle livraison ne manquent pas et susciteront sans nul doute – et une nouvelle fois – beaucoup de
questions. Si Reuno a gardé certains de ses principes de base quant à sa façon d’écrire, il avoue avoir changé son approche, en puisant même son inspiration dans une série télé (« In The Flesh ») pour le titre Le Martyr. « Avec Lofo, quand j’aborde un sujet,
j’aime proposer différents angles de compréhension. Ce n’est pas pour rien que l’album s’appelle « Simple appareil ». Là, je me suis senti plus à poil, sans doute parce que notre musique est pour le coup moins fâchée que d’habitude. La formule acoustique
m’a poussé à être plus dans la réflexion que dans l’impulsion, tout en gardant de la
spontanéité. »
Des efforts et de la sueur, il y en a eu plus que de raison pour donner vie à cet album, logique quand on connaît la dose de passion que peuvent mettre les intéressés dans un projet et ce, quel qu’il soit. Et pourtant, « Simple appareil », moins frontal que les
précédents disques du groupe, respire le naturel, une volonté désirée par les auteurs, avec en plus un fort penchant pour la diversité du côté des arrangements. « Nous avions cette envie de musicalité, de rechercher de belles harmonies », avoue Phil. « Lorsque je réécoute le chorus de Daniel sur La dose ou l’intro du titre Les anges, deux grands moments de l’enregistrement, j’ai comme l’impression que nous avons ouvert une porte, tant au niveau de nos instruments que de la place laissée à la voix de Reuno. » Une fois les onze pièces de « Simple appareil » visitées, tout semble s’éclairer. Ce qui pouvait sembler, du moins de l’extérieur, être une idée farfelue est finalement devenue une réalité : Lofofora en acoustique, ou l’évidence même.

Olivier Ducruix

Dronte

Dronte est la réunion de sept musiciens produisant avec des instruments acoustiques une musique à l'esthétique métal très loin des carcans classiques du genre. Entre cassures rythmiques incessantes et mélodies à la fois planantes et dérangeantes, ce n'est que de surprise en surprise qu'on voyage à travers leur univers. Il y a un monde entre le post-rock et le death-métal, me direz vous ? C'est exact, et c'est le leur. Le groupe sort en 2018 son premier album intitulé « Entre la guerre et la lâcheté »

Réservations ici

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